#LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/ AU COEUR DE LA QUESTION SYRIENNE ET DE LA NOUVELLE GUERRE FROIDE 2.0 : LA PRESENCE MILITAIRE RUSSE EN SYRIE

 

LM.GEOPOL - Intervention russe en   Syrie (2018 04 11) FR (1)

LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ) & EODE/

Luc MICHEL pour EODE/

Quotidien géopolitique – Geopolitical Daily/

2018 04 11/

 

La Géopolitique russe repose sur des impératifs fondamentaux, qu’elle ne peut pas abandonner sous peine de perdre son statut de grande puissance. L’un de ses impératifs, défini dès Catherine la Grande, c’est le contrôle de l’Axe géostratégique Sébastopol (Crimée) – Syrie (jadis Levant). Celui-ci conditionne toute la sécurité russe : contrôle de la Mer Noire, sécurité des détroits turcs, accès à la Méditerranée, contrôle de la Méditerranée orientale. C’est pour avoir méconnu le caractère fondamental de cet impératif que les USA, de l’administration Bush II à celles de Obama puis Trump,  se sont enfoncées dans les crises de Crimée (qu’il ne faut pas confondre avec la crise ukrainienne et la guerre du Donbass), puis de Syrie. Washington peut perdre la Syrie et le Liban (ce qui fut le cas il y a encore quelques années), mais Moscou ne le peut en aucun cas ! Et la perte de Sébastopol serait pour Moscou un désastre géopolitique …

 

I –

QUELLE EST LA PRESENCE MILITAIRE RUSSE EN SYRIE ?

 

L’effort militaire russe en Syrie est donc à la hauteur des enjeux pour Moscou !

 

La Russie affirme avoir significativement « réduit sa présence militaire et ses opérations en Syrie » depuis novembre 2017, mais elle conserve diverses unités sur place, notamment sur les bases de Tartous et de Hmeimim.

 

Voici l'inventaire du dispositif militaire russe en Syrie :

 

COMBIEN DE MILITAIRES ?

 

Le chiffre officiel le plus récent est celui du personnel militaire ayant voté en Syrie lors de la présidentielle du 18 mars: 2.954, à 100% pour Vladimir Poutine ( !!!). La grande majorité sont déployés sur la base aérienne de Hmeimim, dans le nord-ouest de la Syrie. Une grande partie des soldats russes en Syrie sont des "conseillers" militaires, qui aident sur le terrain l'armée syrienne et ont joué un grand rôle dans ses derniers succès.

 

A cela, il faut ajouter la police militaire, constituée en majeure partie de bataillons issus des républiques musulmanes du Caucase russe, déployés dans les localités reprises aux rebelles, comme à Alep, et dans les "zones de désescalade" instaurées dans plusieurs régions du pays en guerre. L'expert militaire Pavel Felghenauer estimait fin 2017 que "jusqu'à un millier de membres des forces spéciales" combattent aussi aux côtés des troupes de Damas.

 

Vladimir Poutine a révélé en décembre dernier qu'un total de 48.000 militaires russes avaient participé à l'intervention en Syrie depuis son lancement le 30 septembre 2015. Officiellement, plus de 80 militaires russes ont péri en Syrie depuis le début de l'intervention, dont près de la moitié lors du crash d'un avion de transport à son atterrissage sur la base de Hmeimim début mars.

 

ET LES CONTRACTUELS DU GROUPE WAGNER ?

 

Mais les pertes parmi les « contractuels » des firmes de Sécurité russes, dont la présence n'a pas été reconnue officiellement par le Kremlin, seraient plus élevées. Ces firmes, dont la principale est le « Groupe Wagner » (du nom de l’officier russe qui le dirige) (1) (2), est la réponse de l’Etat-major russe à la « privatisation de la guerre » occidentale et aux firmes du type MPRI ou ‘Black Water’. Aux forces officielles s'ajoute donc également tout un contingent de spécialistes russes qui combattent aux côtés des forces pro-Assad.

 

L’AVIATION AU CŒUR DE L’INTERVENTION RUSSE

 

L'aviation est le bras armé de l'intervention militaire russe. Leur nombre n'est pas public mais des experts estiment à "quelques dizaines" le nombre des avions déployés sur la base de Hmeimim. On trouve des bombardiers Su-24 ou Su-34, des avions multirôle Su-30 et même des chasseurs Su-35, derniers nés du complexe militaro-industriel russe. A côté de ceux-ci sont aussi déployés quelques dizaines d'hélicoptères de combat.

 

La Russie a également fait décoller des bombardiers stratégiques Tu-22 et Tu-160 de Russie pour procéder à des frappes au-dessus de la Syrie, ou utilisé des missiles de croisière d'une portée de 4.500 km: une plus-value militaire minime mais un beau symbole pour une armée russe désireuse d'afficher sa puissance. Certains étant tirés depuis la Flotte russe de la Mer caspienne …

 

LA DEFENSE ANTIAERIENNE

 

Pour assurer la défense de sa base de Hmeimim, la Russie a installé en novembre 2015 ses très modernes batteries de défense antiaérienne S-400, qu'elle considère comme son fleuron et cherche à vendre tous azimuts. L'armée a également déployé des moyens mobiles de défense antiaérienne (Pantsir et Tor M1).

 

A Tartous, où l'armée russe dispose d'installations portuaires depuis plusieurs décennies, des batteries de défense antiaérienne S-300 ont aussi été mises en place. Tout ceci en dépit du fait que ni les rebelles, ni les jihadistes n'ont d'aviation, mais ce qui permet au besoin d'imposer une "zone d'exclusion aérienne" au-dessus de la Syrie.

 

LA FLOTTE RUSSE

 

Quant aux navires, ils se sont succédé en Méditerranée et ont procédé à plusieurs séries de frappes très médiatisées. Après des missions au large de la Syrie, l'Amiral Kouznetsov, unique porte-avions de la Marine russe, se trouve dans une cale de la région de Mourmansk, dans l'Arctique russe, pour trois ans de modernisation. Par ailleurs, des sous-marins ont été utilisés à au moins quatre reprises.

 

LA PRESENCE MILITAIRE RUSSE EN SYRIE EST FAITE POUR LA DUREE

 

Malgré deux retraits d'une partie "significative" du contingent russe en Syrie, annoncés en mars 2016 et novembre 2017, la Russie conserve un large éventail de possibilités pour déployer ses forces et mener des opérations sur le terrain. La base militaire de Hmeimim, aménagée à la hâte en marge d'un aéroport civil à l'été 2015 pour accueillir les avions russes, est devenue une base permanente de l'armée russe en janvier 2017, après un accord entre Damas et Moscou, passant sous juridiction russe. Même chose à Tartous: ce qui était jusque là une installation portuaire destinée à la marine russe est devenu "une base navale russe permanente".

 

II –

L’ARRIERE-PLAN GEOSTRATEGIQUE

 

Il convient aussi de voir dans quel arrière-plan géostratégique s’inscrit l’intervention russe.

Depuis cette semaine, les États-Unis et leurs alliés français, britanniques et saoudiens, ne cessent, sous prétexte de vouloir « répondre » à une prétendue « attaque chimique à Douma », de sonner le tocsin et de mettre en garde contre l'imminence d'une guerre qu'ils iraient déclencher en Syrie, non seulement contre le gouvernement Assad, mais aussi contre ses alliés iranien, russe voire chinois. La logique de l'escalade adoptée par le camp atlantiste est toutefois absurde dans la mesure où, selon les stratèges militaires, une attaque américaine à grande échelle contre la Syrie arrive bien trop tard pour changer la donne en termes militaires ;;;

 

QUAND LE PENTAGONE CRAINT L’ARMEE RUSSE EN SYRIE

 

Frapper la Syrie est une chose, s’en prendre à l’Armée russe en Syrie est tout autre chose ! Après les tweets va-t-en guerre irresponsables de Trump, les généraux du Pentagone sont nettement plus circonspects. Et le Pentagone tente de convaincre Trump de mener une attaque limitée

 

Le quotidien américain ‘The Los Angeles Times’ a fait paraître ce mardi 10 avril un article avec pour titre « Alors que Trump envisage une action militaire contre la Syrie, le Pentagone craint que cela ne mette en péril les soldats russes ».

 

Voici un extrait de cet article :

« Alors que les décideurs du Pentagone préparent une éventuelle réponse militaire à une attaque chimique présumée en Syrie, une inquiétude mérite d’être prise en compte : les frappes aériennes américaines pourraient-elles tuer, par inadvertance, des soldats russes en Syrie ? Ce qui risquerait de transformer ce conflit en une confrontation directe entre Washington et Moscou… Les chances d’un tel incident augmenteraient si le président Trump ordonnait un bombardement d’envergure, impliquant non seulement les missiles de croisière Tomahawk tirés depuis les navires de l’US Navy stationnés au large des côtes — comme il l’avait fait l’année dernière après une autre attaque chimique — mais aussi des bombardiers et d’autres avions de combat pour frapper plusieurs cibles en Syrie, a-t-on appris d’actuels et d’anciens responsables du Pentagone. Bien que le président Trump ait déclaré qu’il prendrait une décision définitive d’ici 24 à 48 heures, le déclenchement d’une offensive militaire par les États-Unis pourrait être reporté, après que le gouvernement syrien a autorisé les inspecteurs d’armes chimiques à se rendre en Syrie pour mener une enquête sur une attaque chimique qui a fait une cinquantaine de morts dans la ville de Douma, contrôlée par les rebelles, d’autant plus que le Pentagone et les alliés des États-Unis ont besoin d’un temps suffisant pour mobiliser leurs forces militaires. Il est clair que ni Moscou ni Washington ne veulent un conflit direct en Syrie. Les États-Unis ont environ 2 000 soldats en Syrie, déployés principalement dans le nord du pays où ils soutiennent les troupes kurdes. Le Pentagone utilise une ligne directe depuis sa base aérienne au Qatar pour s’assurer que les avions américains et russes évitent de toute collision dans le ciel syrien. »

 

“Le Pentagone visera probablement les unités de sécurité syriennes [qu’il accuse d’être derrière l’attaque de Douma] par des hélicoptères qui largueront des bombes, ainsi que les installations du régime Assad, au lieu de lancer une campagne d’envergure de bombardement”, a déclaré Ilan Goldenberg, expert « syrien » au ‘Centre pour une nouvelle sécurité américaine (Center for a New American Security), un Think-Tank US de Washington.

 

LA RIPOSTE RUSSE A L’AGRESSION US SERA IMMEDIATE, DIT MOSCOU

 

L’ambassadeur de Russie au Liban a déclaré hier, mardi 10 avril, que « la Russie abattrait tous les missiles américains qui seraient tirés vers des cibles en Syrie ». Dans une interview à la chaîne libanaise ‘Al-Manar’, Alexandre Zassipkine a ajouté que « les bases ou les navires d’où ces missiles seraient tirés pourraient être également pris pour cible par les forces russes ». « Les forces militaires russes exécuteront les ordres du président Poutine relatifs à toute intervention militaire US en Syrie, en visant les missiles américains et leurs sites de lancement », a-t-il dit dans cette interview.

 

Mardi, le président de la commission de la défense de la Douma (chambre basse du Parlement russe), le général à la retraite Vladimir Shamanov, ancien commandant des forces aéroportées de l’armée de l’air russe, a déclaré mardi que la Russie utiliserait « tous les moyens, dont les moyens militaires, pour riposter à une possible agression US contre les forces armées syriennes ». « Nous pouvons réagir rapidement et efficacement à la moindre frappe militaire américaine en Syrie, et j’espère que les Américains ne créent pas une situation qui nous mènerait à utiliser nos moyens pour réagir », a-t-il ajouté. 

 

Par ailleurs, le vice-président de la commission de la défense du Conseil de la Fédération de Russie (chambre haute du Parlement russe), Evgueni Serebrennikov, a déclaré ce mercredi 11 avril que « les bases militaires russes de Hmeimim et de Tartous, ainsi que les militaires russes déployés sur le territoire syrien, seront protégés contre les frappes éventuelles des Etats-Unis ». « Nous estimons qu’en cas de frappe des États-Unis, la vie de nos militaires ne sera pas menacée. J’espère que les Américains le comprendront et ne commettront pas une telle erreur, sinon la riposte russe sera immédiate », a ajouté Evgueni Serebrennikov.

 

LES ACTEURS EXTERIEURS (1) :

LE FOSSE SE CREUSE AVEC LES ISRAELIENS, « ISRAËL PERD SA MARGE DE MANŒUVRE » …

 

Second dossier stratégique : les rapports entre Moscou et Tel-Aviv.

Lundi, une base aérienne à Homs, l'une des plus importantes de toute la Syrie, a été prise pour cible, provoquant la mort de 7 conseillers iraniens. L'Iran a promis de son côté une riposte ferme et selon certaines sources qui soulignent la présence du représentant du Leader de la Révolution islamique à Damas, cette riposte est fin prête.

 

La Russie fut le premier pays qui a attribué à Israël l’attaque contre la base T4 de ce début de semaine et le ton dur avec lequel elle a dénoncé l’attaque constitue un sérieux avertissement.

 

LES ACTEURS EXTERIEURS (2) :

LA MARINE CHINOISE EN MEDITERRANEE AVEC MOSCOU ET DAMAS

 

On oublie souvent que la Chine est aussi un acteur, discret mais présent, de la crise syrienne. La question erst simple : en cas de confrontation USA/Syrie, de quel côté se placera la Chine?

 

Selon des sources russes, des bâtiments de surface de la Marine chinoise en Méditerranée, qui opèrent dans le cadre d’exercices conjoints avec des unités de surface de la Marine russe, auraient « reçu l’ordre de joindre le port syrien de Tartous ». L'objectif ? Faire face aux États-Unis et à leurs alliés en cas d’une éventuelle agression contre la Syrie. La Chine est déjà largement engagée dans un bras de fer commercial avec les États-Unis qui pourrait se transformer en un conflit armé.

 

NOTES ET RENVOIS :

 

(1) Cfr. sur le ‘GroupeWagner’ :

sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/ AFRICAN GEOPOLITICS: HOW ‘RUSSIA REVISITS AN OLD COLD WAR BATTLEGROUND’ (SEEN FROM THE USA)

sur http://www.lucmichel.net/2018/01/17/luc-michels-geopolitical-daily-african-geopolitics-how-russia-revisits-an-old-cold-war-battleground-seen-from-the-usa/

 

(2) Le «Groupe Wagner» (ChVK Wagner) est une organisation paramilitaire russe, nommée en l'honneur de son fondateur et commandant, «ancien» officier de Spetsnaz, Yevgeny Wagner. Certains l'ont décrit comme une entreprise militaire privée (ou une agence de contrats militaires privés), dont les entrepreneurs auraient participé à divers conflits, y compris des opérations dans la guerre civile syrienne du côté du gouvernement syrien et, de 2014 à 2015 , lors de la guerre au Donbass en Ukraine, soutenant les forces séparatistes des Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et Louhansk. D'autres sont d'avis que «ChVK Wagner» est une unité du ministère russe de la Défense déguisée, qui est utilisée par le gouvernement russe dans les conflits où le déni est nécessaire. Une autre source a déclaré que "le groupe militaire privé russe Wagner a été créé en 2013 par Surkov (conseiller de Poutine) pour aider Assad".

Le «groupe Wagner» est le poisson-pilote du retour militaire de Moscou en Afrique :

Dans un entretien avec le site d'information russe "The Insider" début décembre 2017, le vétéran russe Igor Strelkov (officier du GRU, le renseignement militaire russe) a déclaré que "outre le retour à Luhansk, les PMC de Wagner étaient également présents au Soudan du Sud et peut-être en Libye". Le président soudanais Omar al-Bashir a déclaré au président russe Vladimir Poutine que son pays avait besoin de protection "contre les actions agressives des Etats-Unis". Deux conflits internes ont fait rage au Soudan depuis des années (dans la région du Darfour et les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu), alors qu'une guerre civile avait lieu au Soudan du Sud depuis 2013. Le chef de la société privée russe ' Le groupe de la RSB a déclaré avoir entendu dire que les PMC étaient déjà allés au Soudan et sont revenus avec une forme grave de malaria. Plusieurs dizaines de PMC du groupe RSB ont été envoyés en Libye début 2017 dans une installation industrielle près de la ville de Benghazi. , dans une zone tenue par les forces loyales au maréchal Khalifa Haftar, pour aider dans les opérations de déminage. Ils sont partis en février après avoir terminé leur mission. "Le groupe RSB était en Libye" à la demande de la compagnie libyenne de ciment (LCC). "A la mi-décembre, une vidéo montrant des PMM de Wagner entrainant des membres de l'armée soudanaise ce qui semble confirmer la présence de Wagner au Soudan et non au Soudan du Sud. À la mi-janvier 2018, il a été rapporté que "Wagner pourrait déployer un contingent de ses PMO en République centrafricaine".

 

(Sources : AFP – The Los Angeles Times – Fars – Interfax – Al Manar – EODE Think-Tank)

 

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